Ma tantine Branchée

Tu en avais marre de ce confinement, tu me l’avais dit il y a juste quelques jours, tu voulais « ton Saint Nicolas », retrouver ta maison d’été, la maison de famille nichée dans sa jolie campagne cauchoise, remplie de tous ces souvenirs qui ont fabriqué ta vie et illustré mon enfance.

Triste coincidence tu nous as quitté en ce jour où l’on nous rendait un petit peu de cette liberté « chèrement perdue » depuis déjà deux mois. Enfermée depuis 55 longs jours tu es partie aujourd’hui sans revoir « ton Saint Nicolas ».

Depuis que le téléphone a sonné en ce milieu d’après-midi porteur de tristesse, je pense du haut de mes 57 printemps à tous ces souvenirs d’enfants, d’ado, d’adulte, de nièce.

Les images, les sons, les odeurs mêmes, me reviennent. Tous ces moments, ces images flash qui marquent à l’échelle du temps les années de ma petite enfance, l’escalier en marbre rue d’Ingouville pour grimper jusqu’au dernier étage, la salle de bain, la baignoire et les éponges à fermeture éclair dans lesquelles se cachait un savon qui finissait par mousser une fois bien trempées et bien frottées, les tartines avec beurre OU confiture qui me frustraient tellement, l’aspirateur de la fée du logis que tu étais qui me disait qu’il était plus que temps de se lever ! Et d’un pas de géant dans le temps, je me retrouve avec cette valise, grande valise, de souvenirs de toutes ces années de vacances à Lacanau, votre fief familial depuis si longtemps, où nous nous avons débarqué un été, devenus parents à notre tour, avec nos petits, qui ont grandit au fil de ses étés canaulais. Les souvenirs ont continué à s’entasser à Hossegor où nous avons fini par réussir à vous emmener et que vous avez aimé aussi. Toutes ces vacances entre cousins, neveux, nièces, oncles, tantes, chacun chez soi et tous ensemble. Certains ont eu l’outrecuidance d’ajouter des larmes au goût de sel, comme l’océan, en nous quittant tellement trop tôt. Mais rien n’atténuera le bonheur insouciant, joyeux de ces années Sud-Ouest. Je me souviens de nos mises à l’eau toi avec ton genou défectueux et moi avec ma cheville pourrie ! A nous deux ça faisait une personne à peu près valide !

Mais avant tout cela, un mois de mai il y a 33 ans, le 9 mai, tu nous a mariés Jef et moi à la mairie de « ton Saint-Nicolas ». Tu étais émue, et nous aussi ! Je râlais quand j’étais petite car à Saint Nic il fallait obéir et ça ne rigolait pas tous les jours (surtout ceux où il fallait manger des épinards qu’on avait épluchés, comble de la torture, mais là c’était plus Grand-Mère qui dictait les règles). Mais que c’était bien ces semaines cousins cousines, même si je détestais être la plus grande des moyens, rejetée par les grands que je rêvais de rejoindre dans leur monde de grands. Me marier à Saint Nicolas, avec ma tantine et son écharpe tricolore, c’était un véritable honneur et un véritable bonheur.

Depuis les moments de retrouvailles étaient moins fréquents. Finis les vacances Sud Ouest, les petits sont devenus grands, les grands sont devenus moins jeunes, et chacun est parti vivre ses vacances de son côté. Mais cousinades, mariages, et petites rencontres havraises permettaient de se voir, de se retrouver comme si le temps n’avait pas passé si vite. Tu m’appelais sur FaceTime, mais ici ça ne capte pas bien, et on se ratait souvent. Je suis contente de t’avoir parlé il n’y a pas longtemps, tu lisais mon blog, et tu trouvais d’ailleurs que ça faisait un moment que je n’avais rien écrit, c’est vrai que ce confinement sans fin ne fournissait que répétitions de moments tous identiques ou presque. Alors c’est sur ce blog que j’ai décidé de t’écrire. De te dédier ce billet, non pas d’humeur, mais d’amour.

Tu exagères d’être partie comme ça, j’avais encore plein de choses à te raconter…

15 MARS – 15 AVRIL

Voilà un mois pile que nous nous sommes confinés au moulin… Et devant nous encore un mois, à priori !

Alors… Comment ça va au moulin ? Et bien, ça va plutôt bien ! Pas d’engueulade entre colocs, néo retraité, épouse de néo retraité, étudiante se côtoient sans souci. J’ai appris à ne plus monter en pression quand internet ne fonctionne pas, et c’est souvent bien lent, (je vais même peut-être devoir attraper un stylo et un cahier pour terminer cet article), mais m’énerver ne sert définitivement à rien si ce n’est rendre mes médocs hypotenseurs vraiment utiles, je m’occupe sans trop de problème, et je m’offre souvent le luxe de ne m’obliger à rien ! C’est assez jouissif ! Alix bosse beaucoup pour son mémoire, elle ne remettra pas les pieds à Rennes avant septembre à priori. Jef trouve que le temps passe très vite à la retraite et n’a pas le temps de faire tout ce qu’il aimerait faire dans une journée. il s’est offert un Macbook et apprend à le maitriser à sa façon, c’est à dire très minutieuse, documentée et se pose beaucoup de questions. A l’opposé de mon approche intuitive, parfois expéditive… Donc, oui, parfois il doit me trouver peu patiente… Il se met à la cuisine aussi et se débrouille très bien, mais toujours à sa façon minutieuse, documentée et pleine de questions… donc toujours un peu à l’opposée de la prof de cuisine. Mais on y arrive et les plats sont délicieux ! Pas si simple de partager SA cuisine !!

Alix et moi avons repris la série des Harry Potter depuis le début à raison de deux par semaine, sauf grand beau temps et diner dehors, Jef a essayé, n’a pas détesté mais n’a pas donné suite !

Alix et Jef courent un soir sur deux, ils viennent de partir d’ailleurs, et ils font de la gym tous les jours, Jef le matin et Alix le soir. Moi ?….. Après une motivation extraordinaire (et donc suspecte) j’ai franchement laissé tombé ! Je jardine, c’est déjà du sport non ? Je danse encore un peu sur des musiques inavouables quand ils sont partir courir et ça fait un bien fou ! Bon ce soir j’écris donc je ne danserai pas ! (ou alors juste la tête et les épaules).

Ce soir nous « fêtons » notre mois de confinement par un petit gueuleton ! Moussettes, Bulots, merci le poissonnier qui offre un drive sur la place de la mairie deux fois par semaine, et une tarte au citron merci moi ! Et merci les poules pour la mayonnaise ! Le vin blanc est au frais, après tout autant fêter les trucs nuls aussi !

A part ça ?? Les cheveux poussent ! (sauf Jef évidemment !), la bonne nouvelle : pas de cheveux blancs donc pas de racines, le carré plus long prend forme ! Le bronzage s’intensifie (mais ça ne va peut être pas durer), je parle aux vaches du voisin, j’en suis à appeler mes poules « mes chéries »…Tout va bien donc ! Je m’offre une petite bière à 18h30 (elle m’accompagne dans cette rédaction), je regarde passer les avions et je regarde où ils vont sur mon application, mais ça m’occupe moins qu’avant car il n’y en a presque plus. J’ai testé tous les drives de Saint-Lô et du coup je vais à celui d’Isigny sur Mer (moins de choix mais livraison en moins de 24 heures contre 5 jours au mieux à Saint lô avec plein de manquants), j’ai découvert ou redécouvert des petits commerçant qui, merci à eux pour ce boulot, se sont organisés en drive pour continuer à satisfaire leur clients envers et contre tout, mon boucher 5******, les légumes bio à la ferme, les légumes et fruits bio et le petit pesto d’ail des ours de la boutique oubliée, le bon fromage, les fruits de mer etc… Confinement soit, mais confinement gourmand ! Le côté vin est un peu galère… (Jef, si tu me lis, il faudrait penser à en commander !). La bière c’est bon le stock tient encore.

j’ai remis en route le Zoom installé sur mon ordinateur et dont je ne me servais pas. Bilan un apéro Enault Moulin, Paris, Barcelone (un peu violent côté Mojito… mais en 3 heures il a bien fallu une petite rallonge), et un café Olivier entre Normandie, Paris, Nord, et Inde) plus sobre et très sympa et une répétition d’apéro avec le Rozel !

Le confinement fait aussi des petits miracles, je retrouve le temps de lire ! J’ai ressorti des toilettes une revue passionnante sur la grande histoire des Etats-Unis, Far West, l’ouest américain entre histoire et mythes. Je me fabrique de nouvelles envies de voyages, je n’en avais pas le temps aux toilettes ! Et je me surprends à trouver la patience de faire des trucs qui me rebutaient avant. J’étais une adepte des jardineries et achats de plants prêts à planter, rien que les mots semer, attendre, diviser, attendre, repiquer… me décourageaient, et ce soir je viens de passer un temps fou à repiquer dans des petits pots des tous petits « bébés plantes » qui avaient acceptés de sortir de terre suite à mes semis de début de confinement. J’adore m’étonner moi-même, à mon âge !!

Bon je dois aussi avouer que j’ai mes jours gris au milieu de tout ça… Mais depuis deux ans et quelques j’ai appris à gérer les vagues scélérates d’angoisse. Pas toujours facile, mais globalement j’y arrive et les jours joyeux reviennent vite. L’ éloignement n’est pas toujours facile à accepter, mais nous ne sommes pas les plus mal lotis, donc nous arrivons à rester positifs et patients. Que serait un tel confinement sans les moyens de communication que nous avons aujourd’hui !

Un autre petit plaisir : essayer de trouver des modes de communication réguliers pour rester en contact, le téléphone (mais pas trop, ce n’est pas vraiment mon truc), le petit mail carte postale hebdomadaire et ses éventuelles réponses qui donnent tant de plaisir, un peu de réseaux sociaux, mais je prends un peu de distance depuis peu, un autre avantage du confinement, ça aide à voir le vrai du factice. Ceci dit le factice reste amusant et je ne les quitterai pas totalement, j’en attends moins, c’est déjà un progrès. Les cartes postales Fizzer, comme si on était en vacances, mais cette expérience n’est-elle pas un voyage en territoire inconnu ?, envoyées comme ça au fil des jours et de l’inspiration…

Quelques petits conseils sourire : La playlist « la vie est belle » sur Spotify, ou la vidéo de la famille anglaise qui apprend une chorégraphie sur Blinding lights (je n’ai retrouvé que le résumé), le livre de Guirec Soudée « le monde selon Guirec et Monique, un marin, une poule, un incroyable voyage. Et la chaine Voyages !

Et pour finir le plus beau !!! Nos tableaux du défi du Getty Museum et Tussenkunstenquarantaine, les oeuvres du moulin et du Rozel !